rodéos urbains VS chasse

Rodéos urbains et chasse : une justice à géométrie variable

Occupation abusive de l’espace public. Nuisances sonores insupportables. Mise en danger de la vie d’autrui. Climat d’insécurité permanent. Victimes et décès. Ce portrait dresse-t-il celui des rodéos urbains ou de la chasse ? Les deux activités correspondent trait pour trait à cette description.

Des impacts similaires sur la population

Les rodéos urbains privatisent parkings et voiries au détriment des habitants. La chasse s’approprie l’intégralité des forêts domaniales, excluant 98,5% des Français. Les rodéos génèrent un vacarme insoutenable en soirée. La chasse impose le sien chaque dimanche matin. Les premiers causent collisions et dommages matériels. La seconde totalise 421 décès sur vingt ans et des centaines de véhicules endommagés par des tirs.

Bilan comparatif France 2000-2020 : Rodéos urbains : une dizaine de morts. Chasse : 421 morts. Rodéos : pratique interdite et sanctionnée. Chasse : pratique légale et financée par l’État.

Deux poids, deux mesures

Contre les rodéos urbains : interventions policières, emprisonnement, saisie des engins, consensus politique sur la fermeté. Pour la chasse : complaisance totale, aides financières publiques, arsenal législatif protecteur, impunité quasi-généralisée. D’où vient cette disparité ? Les jeunes des quartiers populaires ne disposent d’aucun relais institutionnel. Le lobby cynégétique compte quatre sénateurs sur cinq parmi ses sympathisants.

Le deux poids deux mesures républicain

Envisageons d’autoriser les rodéos dominicaux dans l’ensemble des espaces verts urbains, de financer l’acquisition de deux-roues, de créer un secrétariat d’État dédié. Supposons qu’on retire aux promeneurs le droit de protester contre les nuisances et les risques encourus. Inconcevable ? C’est précisément le régime dont bénéficie aujourd’hui la chasse.

Ce qui distingue fondamentalement ces deux pratiques n’est ni leur dangerosité ni leurs conséquences. La vraie ligne de fracture est sociologique : notables ruraux établis face à jeunesse urbaine marginalisée. La République couvre les premiers, sanctionne les seconds. Le Code rural érige la chasse en activité « d’utilité publique ». Le Code pénal qualifie les rodéos d’atteinte à la tranquillité collective.

Mêmes nuisances, traitements diamétralement opposés : seul le privilège social explique cette inégalité.

* Ce texte exprime le point de vue de son auteur et n’engage en aucun cas l’association SCAPE.